L’invisibilisation des femmes ne date pas d’hier. Depuis des siècles, leurs découvertes ont été minimisées, leurs œuvres oubliées et leurs noms progressivement effacés des récits officiels. Leur présence est largement minoritaire dans nos places publiques et nos manuels d’histoire.
Ce drôle d’héritage historique continue de façonner notre présent et d’alimenter les inégalités de genre. Aujourd’hui encore, ce phénomène s’exprime à travers la conception des espaces publics et de certaines infrastructures qui ne répondent pas aux besoins spécifiques des femmes.
Voilà pourquoi il est important de comprendre les mécanismes de l’invisibilisation des femmes afin d’interroger notre manière de penser la société.
Dans cet article, nous décryptons ce phénomène pour vous !
Définition de l’invisibilisation des femmes
Le dictionnaire définit l’invisibilisation comme étant « le fait de rendre invisible ». Pourtant, les femmes n’ont pas disparu dans un nuage de fumée, à l’image d’un simple tour de magie.
En réalité, l’invisibilisation des femmes est un mécanisme social qui consiste à rendre les femmes volontairement moins visibles, audibles ou reconnues.
Ainsi, leurs découvertes basculent dans l’oubli, leurs idées sont minimisées ou, pire encore, leurs travaux sont attribués à des hommes.
Origines sociales et culturelles
Pour mieux comprendre ce comportement, remontons un peu dans le temps.
En effet, pendant des siècles, la société était séparée en deux parties distinctes :
- l’intérieur (la sphère privée) attribué aux femmes ;
- l’extérieur (le pouvoir, la science ou encore la politique), réservé aux hommes.
C’est pourquoi l’histoire a surtout retenu des figures masculines.
D’ailleurs, ce phénomène est aussi appelé « l’effet Matilda ». Il doit son nom à Matilda Joslyn, qui fut la première à observer l’invisibilisation des femmes à la fin du XIXe siècle.
Derrière ce terme, de nombreuses femmes scientifiques ont vu leurs travaux minimisés ou attribués à des hommes.
Et cet effet ne concerne pas seulement les sciences, mais tous les domaines confondus :
- dans les musées, il y a très peu d’œuvres de femmes (en revanche, le corps féminin y est majoritairement représenté !) ;
- dans les médias, les femmes ont moins la parole, elles sont rarement sollicitées pour leur expertise et sont plus souvent appelées par leur prénom ;
- dans les espaces publics, très peu de rues portent des noms de femme ;
- la mémoire collective reste très largement masculine.
Ce traitement différencié participe à un sexisme ordinaire.
Invisibilisation consciente et inconsciente
Bien que ce phénomène soit souvent volontaire, il s’est ancré dans la normalité au fil des siècles.
Ainsi, c’est devenu naturel de :
- interrompre une femme en réunion ;
- reformuler ses idées et récupérer le crédit ;
- supposer que les hommes sont les seuls experts.
Tous ces comportements renforcent la discrimination.
Invisibilisation des femmes dans l’aménagement urbain
Ce comportement n’est pas seulement présent dans les livres d’histoires ou les institutions, il se joue également dans nos rues, nos transports, notre quotidien en somme.
Bien que les femmes soient présentes dans l’espace public, elles ne l’occupent pas de la même manière. Plus malheureux encore, elles ne l’occupent pas avec la même liberté que les hommes. Cela est dû à un problème dans l’aménagement urbain.
Urbanisme pensé sans les femmes
Les femmes circulent beaucoup en ville, mais leurs déplacements diffèrent de ceux des hommes.
Tout d’abord, leurs trajets sont davantage liés :
- à l’accompagnement (enfants, personnes âgées) ;
- aux courses ;
- au travail.
Leurs parcours sont d’ailleurs en forme de zigzag : école, travail, commerces, activités des enfants et retour à la maison. Bien sûr, ces trajets comprennent souvent une poussette, des sacs ou encore une personne dépendante.
Toutes ces contraintes rendent donc la mobilité des femmes plus complexe et leurs trajets pensés de manière purement fonctionnelle.
Mobilité, sécurité et confort
Une autre réalité frappe les femmes plus fort que les hommes : le sentiment d’insécurité.
De nombreuses femmes adaptent leurs horaires, évitent certaines zones ou bien changent carrément leur itinéraire.
Lorsqu’une partie de la population doit s’adapter en permanence pour se sentir légitime ou en sécurité, la neutralité n’existe plus.
Alors que l’espace est considéré comme étant « pour tout le monde », aucune analyse n’est effectuée pour vérifier qui l’utilise et à quelles conditions.
Manque d’équipements adaptés aux femmes
Mais cette invisibilisation des femmes dans l’espace public ne concerne pas uniquement les déplacements, nous la retrouvons aussi dans les choix d’infrastructures.
En théorie, les équipements publics sont souvent pensés comme neutres et utilisables par tous.
Pourtant, dans les faits, les usages diffèrent :
- dans les espaces de sports urbains, se trouvent majoritairement des terrains de foot, des city ou encore des stades. Ils sont surtout investis par des garçons et des hommes ;
- les trottoirs sont généralement étroits et les parcours peu lisibles ou mal éclairés, compliquant ainsi les déplacements des personnes accompagnées d’enfants ou de charges – en grande partie des femmes.
L’aménagement urbain joue donc un rôle clé dans l’égalité homme-femme. Lorsqu’il ne prend pas en compte la diversité des expériences, il entretient, parfois malgré lui, des formes de discrimination.
Ainsi, l’invisibilisation des femmes s’exprime dans ce qui n’a pas été prévu, anticipé ou questionné. Et c’est précisément pourquoi le sujet devient une priorité politique, au travers du Gender Meanstreaming.
Invisibilisation des besoins physiologiques des femmes
L’invisibilisation des femmes passe aussi par quelque chose de très concret : leurs besoins physiologiques.
En effet, les infrastructures ne prennent pas, ou peu, en compte les réalités féminines, creusant ainsi l’inégalité homme-femme dans les espaces publics.
Accès aux toilettes et aux sanitaires
L’exemple le plus évident est celui des sanitaires. Le constat est sans appel :
- files d’attentes plus longues ;
- nombre insuffisant de cabines ;
- manque d’espace adapté.
Ainsi, lorsque la ville n’identifie pas ces réalités (menstruations, accompagnement d’enfants, etc.), elle devient moins confortable et même moins accessible à une partie de la population.
Conséquences sur la santé et le quotidien
Parler des toilettes publiques peut sembler anodin, pourtant, ce manque d’adaptabilité a de vraies conséquences pour les femmes.
En effet, ne pas avoir accès facilement à des sanitaires peut conduire à :
- limiter leurs déplacements ;
- écourter leur présence dans certains lieux publics ;
- se retenir d’uriner ou de boire, au détriment de leur santé.
Pourtant, intégrer ces besoins spécifiques dans l’aménagement urbain relève d’une justice sociale.
Invisibilisation des femmes et inégalités sociales
Ce phénomène est très répandu dans notre société, mais ne touche pas toutes les femmes de la même façon.
En effet, les inégalités de genre se croisent avec d’autres réalités comme le niveau de revenu, la situation familiale ou encore l’état de santé.
Double discrimination et publics vulnérables
Ainsi, certaines femmes cumulent d’autres facteurs de vulnérabilité tels que la précarité, le handicap ou bien l’âge.
Elles subissent alors une double, voire une triple discrimination. L’invisibilité féminine vient s’ajouter à d’autres formes d’exclusions déjà présentes.
Dans l’espace public, cela se traduit par :
- une mobilité réduite ;
- un accès plus difficile à certains services ;
- un sentiment d’exclusion social renforcé.
Lorsque l’aménagement urbain ne prend pas en compte cette diversité des besoins, il favorise indirectement les personnes correspondant déjà à la norme dominante.
L’absence d’équipements publics accessible amplifie donc les écarts.
Impacts économiques et sociaux
Moins de mobilité rime également avec moins de possibilités. Si se déplacer est compliqué, long ou peu sécurisé, certaines opportunités deviennent inaccessibles aux femmes.
L’accès à l’emploi est un exemple pertinent, parce qu’il ne dépend pas uniquement des compétences. Une femme va aussi vérifier :
- les transports ;
- les horaires ;
- la possibilité de concilier travail et responsabilités familiales.
Toutes ces inégalités vont, petit à petit, réduire l’autonomie financière de certaines femmes, mais également leur présence dans la vie collective.
Rendre visibles les femmes dans l’espace public
Avec le temps, les villes évoluent au rythme des choix politiques et des priorités collectives.
Prise en compte des usages réels
Avant de dessiner un nouveau quartier ou de réorganiser une zone, il est essentiel de comprendre comment ces espaces sont réellement utilisés. Et pour cela, il faut aller à la rencontre des usagers, hommes et femmes.
Cela nécessite d’observer les pratiques, d’interroger les routines et de tester les aménagements.
En d’autres termes, concevoir des espaces véritablement inclusifs passe par l’écoute.
Les témoignages permettent concrètement d’identifier ce qui fonctionne et ce qui mérité d’être pensé autrement.
Politiques publiques inclusives
Les politiques publiques doivent systématiquement évaluer l’impact de leurs décisions sur les différents publics :
- femmes ;
- personnes âgées ou vulnérables ;
- public en situation de handicap.
Penser inclusif signifie anticiper des besoins le plus souvent oubliés, pas seulement l’invisibilisation des femmes, et intégrer l’égalité homme-femme dans chaque projet.
Responsabilité des communes
Il revient aux communes de décider de l’installation des équipements publics.
Il est donc de leur responsabilité d’agir contre l’invisibilisation des femmes en intégrants des solutions à la fois concrètes et adaptées.
L’engagement de madamePee contre l’invisibilisation des femmes
Chez madamePee, nous sommes partis d’un constat simple. Dans l’espace public, l’accès aux sanitaires doit être enfin égalitaire.
Lors d’événements, les femmes attendent en moyenne 36 fois plus longtemps que les hommes pour pouvoir se soulager, quand les hommes ont un accès quasi immédiat aux urinoirs. Cette différence est devenue banale dans la société. Pour nous, elle ne l’est pas.
Nous avons donc choisi d’agir concrètement pour réduire cette inégalité trop souvent ignorée.
Solutions concrètes pour l’espace public
C’est dans cette volonté qu’est née notre urinoire, pensée pour les femmes.
Cet équipement a été imaginé à partir des témoignages et testé par des usagères. Il a été conçu pour réduire le temps d’attente, sans faire de compromis sur le confort ou l’intimité des femmes.
Nous défendons un principe simple : pour chaque urinoir masculin, une urinoire féminine. C’est un équilibre que nous souhaitons voir à l’avenir dans la répartition des équipements publics et de l’aménagement urbain.
Une innovation écologique qui économise l’eau
Nos urinoires féminines fonctionnent sans eau. Ce système permet d’économiser des milliers de litres chaque année tout en réduisant l’impact environnemental des sanitaires dans l’espace public.
Et oui, l’égalité peut aller de pair avec la préservation des ressources !
Sensibilisation et plaidoyer
Nous n’apportons pas seulement une solution concrète, nous portons une conviction forte. Les besoins des femmes ne sont pas secondaires.
En créant le mot urinoirE, nous avons voulu affirmer symboliquement notre vision. Les urinoirs masculins existent depuis déjà 200 ans. Il est temps que leur équivalent féminin prenne enfin sa place !
FAQ
Qu'est-ce que l'invisibilisation des femmes ?
Dans le passé, ce phénomène, aussi appelé « l’effet Matilda », visait à minimiser l’impact féminin sur la société. Leurs découvertes ou leurs œuvres étaient effacées ou attribuées à un homme.
Aujourd’hui, l’invisibilisation des femmes correspond au fait de ne pas prendre en compte leurs besoins ou leurs présences dans les décisions sociales, urbaines ou encore politiques.
Quels sont les exemples concrets d’invisibilisation ?
Il existe plusieurs exemples d’invisibilisation :
- œuvres d’art oubliés ;
- noms de rues féminins quasi absents ;
- découvertes scientifiques attribués à des hommes ;
- faible représentations dans certaines instances ;
- absence d’équipement publics répondant à leurs besoins physiologiques.
Pourquoi l’accès aux toilettes est un enjeu féministe ?
Parce que les besoins physiologiques d’une femme influencent sa capacité à occuper l’espace public. Elle réduit son temps de présence, entrave sa santé en se retenant d’uriner ou en limitant son hydratation.
Comment lutter contre l’invisibilisation dans l’espace public ?
En intégrant l’égalité homme-femme dans chaque projet d’aménagement urbain et en consultant les habitantes de chaque ville afin d’adapter correctement les infrastructures.
Quel rôle peuvent jouer les collectivités ?
Les collectivités peuvent agir en prenant des décisions basées sur la concertation et la coconstruction avec les personnes qui habitent les quartiers.